8 mars 2001, journée des femmes
Pourquoi 82 % des gens qui font l'actualité se rasent-ils tous les matins ?

Qui fait l'actualité ?

Partout dans le monde, la place des femmes stagne dans les médias

Les femmes occupent cinq fois moins de place que les hommes dans les médias, en France comme à l'étranger, et leur part n'a pratiquement pas progressé depuis cinq ans. C'est ce que révèlent les résultats de la seconde enquête internationale " Global Media Monitoring Project 2000 " (GMPP) réalisée dans 70 pays selon la méthode d'analyse Mediawatch.

 

La parité " médiatique " dans un siècle et demi

Au niveau international, cette étude révèle que les femmes ne représentent en moyenne, sur les 70 pays étudiés, que 18 % des personnes citées dans les médias, contre 82 % pour les hommes. Par " personne citée", l'enquête entend toute personne présente à un titre ou à un autre dans les informations générales, et ce, qu'elle soit directement interviewée, que ses propos soient rapportés, ou qu'il en soit simplement fait mention par les journalistes, par l'image ou dans le commentaire. En 1995, ce pourcentage était de 17 %. La place des femmes dans les médias, au niveau international, a donc progressé de 1 point en cinq ans. A ce rythme, il faudra encore 160 ans pour atteindre 50 % dans la représentation et l'expression des femmes dans les médias !

 

La France dans la moyenne des pays étudiés

Les médias français s'inscrivent dans la moyenne internationale : les femmes y représentent 18,2 % des personnes citées ou interviewées, soit deux personnes citées sur onze. En 1995, elles comptaient pour 17,33 % des personnes citées dans les médias.
Le volet français de l'enquête GMPP a été réalisé, pour l'édition 2000 comme pour la précédente édition de 1995, par l'Association des femmes journalistes (AFJ), avec, cette année, des étudiants en journalisme. Elle a porté sur 18 médias de presse, radio et télévision.

 

Une vision du monde très limitée

Les auteurs de l'enquête GMPP 2000 concluent que " à quelques exceptions près, le traitement de l'information réflète une vision limitée du monde et de ce qui est important. L'augmentation du nombre de femmes journalistes ou de femmes dans la vie publique ne peut suffir à améliorer significativement la visibilité des femmes dans les médias. Seule une profonde transformation, tant de la société dans son ensemble que des médias, aboutira à ce que les droits des femmes - notamment à s'exprimer - soit mieux compris, respectés et appliqués."

 

1 - En France : quelques avancées, beaucoup de préjugés

En France, l'avancée des femmes en politique se traduit modestement en chiffres…

Est ce le signe d'une avancée ? En France, la proportion de femmes parmi les politiques est passée de 6 % en 1995 à 15 % en 2000.
A noter que les personnalités politiques représentent un tiers des personnes citées dans l'information. En économie, elles représentent 12 % des personnes citées, ce qui correspond là encore à une progression.

…mais les stéréotypes perdurent.

En France, la qualification des femmes citées par les médias diffèrent de celle des hommes :
- Une femme sur trois est citée sans sa profession contre un homme sur vingt (une femme sur quatre et un homme sur dix au niveau mondial).
- Les femmes sont également plus souvent citées avec un lien de parenté que les hommes : une femme sur cinq (18 %) pour un homme sur 25 (4%) .
- Quand les femmes sont présentes dans l'information générale, elles sont plus souvent en photo que les hommes : une femme sur trois parmi celles dont on parle pour un homme sur cinq.
- Plus souvent présentées comme victimes. Une femme sur dix se trouve dans cette situation contre un homme sur vingt (en 1995, une femme sur quatre et un homme sur dix).

Femmes journalistes : une place moindre en France que dans les autres pays

L'enquête GMPP analyse aussi la part des femmes parmi les journalistes nommément cités dans le cadre des informations générales, c'est-à-dire les présentateurs et les reporters à la radio et à la télévision et les auteurs des articles ou des photos pour la presse écrite.
Le pourcentage des femmes journalistes citées dans les quotidiens, à la radio et à la télévision est moindre en France que dans l'ensemble des autres pays. Elles ne sont que 28 % à traiter l'actualité alors que la moyenne internationale est de 41 % dans l'ensemble des pays étudiés.

A noter que ce chiffre a légèrement diminué en cinq ans au niveau international : (Les journalistes cités dans les médias étaient à 43 % des femmes en 1995) et a stagné en France où 43 % de femmes journalistes étaient citées dans les médias en 1995. En France, sur les 306 journalistes qui ont couvert l'information générale le 1er février 2000, 85 étaient des femmes, soit 28% par comparaison, elles étaient 27,5% le 18 janvier 1995.

 

2 - Les résultats pour la France : analyse par type de média

  • La télévision cite plus de femmes dans l'information générale et emploie plus de femmes journalistes.
    TV analysées : TF1, France 2, France 3
    Nombre de personnes citées : 23,25% de femmes (30 femmes sur 129 personnes)
    Journalistes : 30% de femmes (31 femmes sur 103)

  • La radio emploie 30 % de femmes parmi les journalistes mais cite peu de gens dont seulement 6% de femmes.
    Radios : France inter, RTL, Europe 1, Fréquence Nord
    Journalistes : 30,5% de femmes (25 femmes sur 82)
    Nombre de personnes citées : 6% (4 femmes sur 67)

  • Les quotidiens citent 18 à 19% de femmes parmi les personnes dont on parle.
    Les nationaux emploient plus de femmes journalistes que les régionaux : 36,5% contre 14,5%.
    11 quotidiens au total : 4 nationaux et 7 régionaux
    Le Monde, le Figaro, Libération, Aujourd'hui-Le Parisien
    Ouest-France, Sud-Ouest, la Voix du Nord, Les Dépêches-Le Progrès, Nord-Eclair, l'Est Républicain, le Dauphiné Libéré
    Nombre de personnes citées : 18,36% de femmes (108 sur 588 personnes)
    Journalistes : 23,6% de femmes (29 femmes sur 123).

    Presse quotidienne nationale seule (Le Monde, Le Figaro, Libération, Aujourd'hui-Le Parisien) :
    Pourcentage de femmes parmi les personnes citées : 18%.
    Pourcentage de femmes parmi les journalistes : 36,5%

    Presse quotidienne régionale (Ouest-France, Sud-Ouest, La Voix du Nord, Les Dépêches-Le Progrès, Nord-Eclair, L'Est Républicain, Le Dauphiné Libéré) :
    Pourcentage de femmes parmi les personnes citées : 19%.
    Pourcentage de femmes parmi les journalistes : 14,5%

 

3 - Les résultats sur 70 pays : partout, une place très faible des femmes dans les médias.

A l'international comme en France, la télévision préfère les femmes journalistes quand elles sont jeunes

Au niveau international, en tant que journalistes, c'est à la télévision que les femmes sont le plus présentes. Elles sont même majoritaires en tant que présentatrices (56 %) et à égalité en tant que reporters dans la tranche d'âge des 20-34 ans mais leur place diminue à partir de 35 ans. Après 50 ans, il y a une majorité d'hommes présentateurs. L'apparence reste donc un pré requis plus important pour les femmes journalistes que pour les hommes à la télévision. A la radio, les femmes représentent 41 % des présentateurs, 28 % des reporters et 26 % des reporters de presse écrite, mais seulement 15 % des reporters sportifs.

Moins d'actualité " chaude " pour les femmes

Quand les journalistes sont des femmes, les sujets ont un peu plus souvent trait aux femmes.
A la télévision, les sujets portent plus souvent sur des femmes. Mais les femmes journalistes sont plus nombreuses à traiter de sujets liés à l'environnement (47 %), la santé (46 %) et l'éducation (42%). Elles sont moins nombreuses à s'occuper de l'actualité brûlante, telle que les crises internationales (19 %), la guerre (25%) ou la politique (26%).
En tant qu'interviewées, les femmes sont plus souvent citées dans les sujets sur les arts et spectacles (35% - 31 % en 1995), la santé (29% - 33 % en 1995) et l'éducation (29 %). Elles sont moins visibles dans le traitement des crises internationales (11% - 12 % en 1995), du sport (12 % - 18 % en 1995), des sciences 12% - 22 % en 1995), de la défense nationale (6 % en 2000 - 13 % en 1995), de la politique et des affaires gouvernementales (12% - 7 % en 1995), de l'économie et des finances (17% - 9% en 1995)

La place des femmes dans les médias progresse en politique et en économie

L'enquête réalisée en 2000 montre cependant une progression de la place des femmes dans les sujets liés à l'économie et à la politique. Cette évolution reflète peut-être leur place croissante dans l'économie et dans la politique mais les auteurs de l'étude préfèrent rester prudents dans l'interprétation de ces résultats.

Par continent, les différences sont peu sensibles

La représentation des femmes par pays traduit des différences par continent. Si les femmes étaient citées dans 22 % des sujets en 1995 en Afrique, elles n'en représentaient plus que 11 % en 2000. En Europe, la place des femmes est passée de 16 % en 1995 à 19 % en 2000. En Amérique du Nord, l'espace qui leur est dévolu a diminué de 27 % en 1995 à 25 % en 2000.

L'activité des femmes vue par les médias : à la maison ou étudiantes ou célèbres !

Quand l'activité des femmes est mentionnée, elles représentent 81 % des parents ou des personnes à la maison, 46 % des étudiants et 45 % des célébrités mais 12 % des membres du gouvernement, 12 % dans les domaines scientifiques et technologiques, 11 % en droit et économie, 10 % des politiciens, 9 % des athlètes, 7 % des criminels et 4 % des militaires et policiers.

Les femmes plus souvent identifiées comme mères ou épouses que les hommes

Les résultats de l'enquête internationale confirment que les médias tendent à identifier les femmes selon leur statut marital ou familial alors que les hommes sont plus souvent identifiés selon leur activité ou leur position dans la société. 21 % des femmes citées et seulement 4 % des hommes sont identifiés selon leur statut marital ou familial. En politique, 17% des femmes et 1% des hommes sont identifiés selon leur statut familial. Dans le sport, 18% des femmes et 3% des hommes qui le sont aussi. Cette mention n'apparaît pas dans les sujets économiques ou liés au travail, à la défense nationale, aux crises internationales, aux manifestations et aux sujets religieux.

Plus souvent présentées comme victimes

Envers de la médaille, les femmes apparaissent plus souvent comme victimes. Les médias exploiteraient-ils les histoires de femmes victimes ? A l'échelle internationale, 18,7 % des femmes citées le sont contre 7,4 % des hommes. Quand les thèmes traitent des femmes victimes, 25.2% sont victimes d'accidents, 38.5% sont victimes de crime, 2% sont victimes de la guerre, 13% sont victimes de crimes sexuels tandis que dans les sujets présentant des hommes victimes, 33.4% sont victimes d'accidents, 31.4% sont victimes de crimes, 5.7% sont victimes de la guerre, 1% sont victimes de crimes sexuels

Etre femme et victime démultiplie le fait d'être identifié selon son statut familial

28% des victimes et 5 % des non victimes sont décrites selon leur statut familial. Le fait d'être femme et victime se combine : Pour les femmes victimes, ce chiffre s'élève à 45 % alors que 3 % des hommes qui ne sont pas victimes sont caractérisés par leur statut familial.

Mais les femmes sont moins souvent accusées ou condamnées (6 % pour 14 % des hommes). Quand il y a crimes, ce sont 15 % des femmes citées et 36 % des hommes qui sont des accusés ou des condamnés.

Les femmes sont plus souvent présentées comme supporters des droits de l'homme tandis que les hommes sont plus souvent ceux qui portent atteinte aux droits de l'homme.

10 % des sujets d'actualité donnent une place centrale aux femmes

Quand les femmes sont dans l'information, 25 % des sujets sont illustrés par des photographies pour seulement 11% des hommes dans l'information.

Enfin, les sujets dans lesquels les femmes occupent le centre de l'actualité représentent 10 % dans l'ensemble des médias et 14 % dans la presse quotidienne.

Les femmes occupent une place centrale dans 26 % des sujets arts et spectacles et 25 % de sujets humanitaires, 11 % dans les thèmes sur l'éducation, 10 % dans les sujets sur la pauvreté et 7 % dans les sujets politiques, 7 % dans le sport, 9 % dans les manifestations. Les femmes occupent seulement une place centrale dans 1 % des sujets environnement.

 

4 - Méthode Mediawatch

La méthode Mediawatch (Canada) quantifie la place des femmes et des hommes dans l'information générale, et en donne quelques caractéristiques. Elle décompte également la participation des femmes et des hommes dans les équipes de rédaction.
Le 1er février 2000, les unes des quotidiens nationaux et régionaux, les bulletins d'information des principales radios et télévisions ont été décortiqués, en France, comme dans 70 autres pays du monde, comme ils l'avaient été le 18 janvier 1995.
L'analyse des médias du 1er février 2000 est basée sur une version améliorée de la méthode Mediawatch. De nouveaux critères ont été rajoutés, comme par exemple l'indication d'un lien de parenté pour les personnes citées.
A noter que, dans cette méthode, les femmes sont "codées" par le chiffre "1" et les hommes par le chiffre "2".

Rôle de l'Association des femmes journalistes
L'étude du 1er février 2000 sur la place des femmes et des hommes dans l'information selon la méthode Mediawatch est la troisième organisée par la commission Femmes dans les médias de l'AFJ. Les deux premières études ont eu lieu le 18 janvier 1995, en même temps que dans 71 pays, la deuxième a eu lieu de septembre 1995 à août 1996, une fois par mois, en France uniquement. La troisième, du 1er février 2000, s'est déroulée simultanément dans 70 pays.

Médias français analysés le 1er février 2000
Dix huit médias de la presse écrite, de la radio et de la télévision.
- Presse : Le Monde, Le Figaro, Libération, Aujourd'hui-Le Parisien, Ouest-France, Sud-Ouest, La Voix du Nord, Les Dépêches-Le Progrès, Nord-Eclair, L'Est républicain, Le Dauphiné Libéré
- Radio : France inter, RTL, Europe 1, Fréquence Nord
- Télévision : TF1, France 2, France 3

L'AFJ en bref
L'Association des femmes journalistes (AFJ) est un réseau professionnel qui a pour but de promouvoir la place et l'image des femmes dans les médias.
Créée en 1981, elle décerne plusieurs prix : presse, pub, film documentaire, livre et bientôt un prix pour une femme photoreporter.
Elle organise des réunions-débats, des dîners-rencontres, publie une lettre mensuelle et dispose d'un site internet : www.femmes-journalistes.org.

- Les résultats de l'étude réalisée en 1995 ont été publié dans un livre " Dites les avec des femmes " - Editions CFD/AFJ.

- " Who makes the news ? " : Les résultats complets de l'enquête Global Media Monitoring Project 2000 (GMPP) sont disponibles dans la brochure Global Media Monitoring Project 2000 357, Kennington Lane London SE 11 5QY (United Kingdom) - 5,25 £ plus frais d'envoi et sur Internet www.wacc.org.uk

Contact pour la France : Association des femmes journalistes :
- Martine Doriac 03 86 52 77 47 & 06 12 54 73 21
- Monique Trancart 01 45 44 16 26 (heures de bureau) & 01 43 40