Sexisme et liberté d’expression, faut-il une loi ?


Sexisme et liberté d’expression, faut-il une loi ?
Res publica n° 37, mai 2004

L’égalité entre les hommes et les femmes exige l’anéantissement de toute discrimination. Un vaste arsenal juridique garantit ainsi des droits égaux dans le domaine privé, familial, professionnel et politique. Les lois concernées sont souvent très récentes tant les discriminations sexistes ont tardé à susciter l’intérêt nécessaire. Faut-il maintenant adopter une loi spécifiquement destinée à condamner le sexisme de publicités et de comportements injurieux ? Et tout d’abord, quel est ce sexisme qui pose problème ? À quelle liberté d’expression fait-il face ? La critique ne doit-elle pas porter davantage sur le genre que sur les représentations de sexe et de sexualité ? Mon premier texte ouvre ces pistes. Marie-Cécile Moreau, qui est juriste, constate ensuite que les organismes de surveillance et d’autorégulation des médias ne parviennent pas à faire régresser le sexisme. La pertinence d’une loi anti-sexiste peut alors paraître incontestable. À la fois philosophe et députée européenne, Geneviève Fraisse nous montre que des débats semblables ont eu lieu au niveau européen dans une atmosphère tendue. Car une telle idée ne fait jamais l’unanimité. Yvette Roudy se souvient d’ailleurs de la virulence des oppositions à son projet de loi anti-sexiste, lorsqu’elle était Ministre des droits de la femme en 1983. Faudra-t-il comme elle le désire, calquer la loi anti-sexiste sur la loi anti-raciste ? Le sexisme est-il, ou n’est-il pas, comparable au racisme ? Liliane Kandel se penche sur cette délicate problématique. Légiférer sur des images et des représentations n’est pas nouveau. Le philosophe Ruwen Ogien rappelle d’ailleurs comment le contrôle de la pornographie est justifié en termes exclusivement moraux. Pour la philosophe Rada Ivekovic, enfin, le sexisme s’explique par le fait que l’accès à la modernité et à la citoyenneté n’a pas été le même pour les deux sexes. La loi anti-sexiste pose des questions philosophiques et juridiques essentielles. À l’heure où nous écrivons ces lignes, elle fait l’objet de consultations gouvernementales diverses. Il reste à espérer que nous ne nous tromperons pas de débat, ni d’ennemis. Natacha Henry Ce dossier, réalisé avec soutien du Service des droits des femmes et de l’égalité, Ministère délégué à la parité et à l’égalité professionnelle a été publié par la revue Res publica dans son numéro 37 daté de mai 2004.