Le prix Canon de la Femme Photojournaliste 2008 a été décerné par l’Association des Femmes Journalistes (AFJ) à Brenda Kenneally (USA), pour son projet de reportage « Upstate Girls : what became of Collar city » : une plongée dans le quotidien sans pitié des famille américaines les plus précaires. Elle a reçu son prix au festival Visa Pour l’Image le 6 septembre 2008.
Un moment phare du festival Visa pour l’image
C’est dans le cadre du festival Visa pour l’Image qui se déroule chaque année en septembre à Perpignan qu’est remis le Prix Canon de la femme photojournaliste. Soutenu par Le Figaro Magazine, il est doté d’un montant de 8000 Euros par Canon France.
Un jury de professionnels
La lauréate est sélectionnée par un jury composé de professionnels de la photographie et de la presse ainsi que de membres de l’Association des Femmes Journalistes. Les candidates sont jugées sur présentation de leur projet et de leurs réalisations précédentes. Parmi les critères de sélection : la qualité photographique, mais aussi la démarche journalistique et la pertinence du sujet choisi.
Le jury s’est réuni à Paris le 25 juin 2008. Il était composé de : Cyril Drouhet, le Figaro Magazine ; Ayperi Ecer, Reuter (Paris) ; Armelle Canitrot, La Croix ; Marc Simon, VSD ; Ruth Eichhnorn, Géo Allemagne ; Delphine Lelu, Festival Visa pour l’Image. Et pour l’AFJ : Catherine Lalanne, Pèlerin ; Moïra Sauvage, journaliste.
Une photoreporter engagée
Le choix du jury s’est donc porté sur Brenda Kennealy, 49 ans, photoreporter indépendante. Elle enseigne à l’International Center of Photography (ICP). Elle publie ses reportages dans les plus grands magazines : New York Times Magazine, Rolling Stone, Life Magazine, Parents Magazine, The fortune Society... Entre 1997 et 2000, Brenda Kenneally a reçu plusieurs fois le prix « Picture of The Year » (POY) des National Press Photographers. En 2005 elle a filmé, réalisé et co-produit un documentaire sur le rap : « Hip Hop, by All means necessary ». La lauréate 2008 du Prix Canon/AFJ de la femme Photojournaliste est également engagée dans plusieurs ONG et projets de lutte contre la précarité et l’exclusion aux Etats-unis.
Bien loin des clichés américains...
Le prix va permettre à Brenda Kenneally de réaliser un reportage qui balaye les clichés issus de séries télévisées à l’univers lisse et cossu telles que « Desperate Housewifes ». La photographe, qui suit depuis des années des familles pauvres de la petite ville de Troy (100 km au Nord de New York) va poursuivre son travail. Troy a été et reste encore un symbole de la réussite Américaine en matière d’industrie. On la surnommait la « Maison de l’Oncle Sam ». Mais la ville présente de fortes disparités sociales.
... une exploration de la misère sans concession
Pour le montrer, Brenda Kennealy a du passer derrière le décor et se faufiler dans des logements insalubres, chez des familles monoparentales touchées par une misère sombre. Usines fermées, construction de nombreux centres de rétention, problèmes ethniques, de réinsertion des détenus, politique d’incarcération systématique : les plaies de Troy sont multiples. Les femmes de détenus élèvent seules leur famille. Faute de moyens, d’espoir ou d’ambition, la jeunesse suit l’exemple des parents : travailler le plus tôt possible pour des salaires de misère, afin d’aider la famille : « The Dead End Jobs » comme les qualifie Brenda Kenneally. La photographe américaine va poursuivre son exploration sensible et sans concessions du revers de la médaille du rêve américain, alors que la première puissance mondiale s’apprête à changer de président.
Les mots du jury
Brenda Kenneally s’attache avec force à traduire les questions et les vicissitudes sociales. Dans son travail « Pictures from my Neighborhood », elle a suivi pendant des années des familles et des générations américaines, en proie à la pauvreté et à l’addiction et qui se battent dans l’espoir d’une vie meilleure. Elle écrit avec ses photographies une véritable épopée de notre époque, comme Thomas Mann le fit en son temps dans son livre “The Buddenbrooks”. Elle va pouvoir poursuivre son projet à long terme sur les « Upstate Girls » de Troy et témoigner ainsi un peu plus des ravages de la misère post-industrielle.
Ruth Eichhorn, Geo Allemagne
Le choix du jury récompense la persévérance d’une photographe sur un sujet délicat, qui demande de longue heures d’attente et d’écoute. Un reportage qui peut paraître moins prestigieux que certains reportages sur des endroits chauds de la planète mais qui n’en est pas moins indispensable. Il entre dans le quotidien de gens très proches de nous, mais que nous préférons ignorer. Les photographes sortent rarement indemnes de ce type de reportage. C’est un engagement personnel, qui demande beaucoup.
Marc Simon, VSD
Par son regard à la fois acéré et sensible, elle dévoile un des visages de l’Amérique d’aujourd’hui que l’on ignore trop souvent, celui de la grande pauvreté, à la fois physique et morale. En tant que journaliste, les photos de Brenda Kenneally me semblent répondre parfaitement à ce que j’attends d’une photojournaliste : à travers l’émotion, faire mieux connaître et comprendre le monde.
Moïra Sauvage, journaliste
Un an pour réaliser son projet
Le prochain prix sera remis à la lauréate à Perpignan, en septembre 2008, lors d’une des soirées de projection du festival Visa pour l’Image. Le projet soutenu devra être réalisé en un an, afin d’être présenté à l’édition 2009 du festival, sous la forme d’une projection ou d’une exposition.