Sexisme ordinaire dans les médias. Mère de famille, épouse, séductrice, victime... Dans le contenu des journaux, l’horizon des femmes se limite quasiment à ces qulques rôles. Quand elles apparaissent. Car les femmes représentent moins de 20% des personnes citées. C’est ce que démontre notre troisième étude sur la place et l’image des femmes dans les médias.
Prenez un journal ou un magazine d’informations générales et cherchez la femme. Pour une Benazir Bhutto, aujourd’hui assassinée, pour une Laurence Parisot patronnes des patrons, quelle place occupe le genre féminin dans nos organes d’information ?
Absente, victime ou femme de...
C’est pour mettre des chiffres sur une impression que l’AFJ réalise depuis 1995, avec 70 autres pays, des enquêtes sur la place et l’image des femmes dans les médias. D’enquête en enquête, les chiffres se suivent et se ressemblent. En 1995, les femmes représentaient 17 % des personnes citées dans les médias. En 2000 ce chiffre montait à 18 %. Et l’édition 2006 n’est pas mieux,
Sur l’ensemble des personnes citées dans la presse d’information générale, 17,17% sont des femmes.
1 femme sur 6 est anonyme pour 1 homme sur 33.
1 femme sur 14 est présentée comme une victime pour 1 homme sur 21.
1 femme sur 5 est présentée avec un lien familial pour 1 homme sur 16.
1 femme sur 5 est citée sans sa profession pour 1 homme sur 20.
Moins d’1 femme sur 2 est citée directement, pour plus d’1 homme sur 3. Hors publicités, moins d’un tiers des photos (29%) représentent des femmes.
Des rôles mineurs
Les hommes politiques (ministres, députés) constituent l’écrasante majorité des gens dont on parle. Les femmes mentionnées dans la presse viennent aussi du pouvoir.
Quelques exemples : dans l’enquête 2006, la "une" récurrente est l’affaire Clearstream, à part l’Humanité qui titre sur « Esclavage, une mémoire si longtemps enchaînée ». L’affaire Clearstream présente exclusivement des protagonistes masculins, à l’exception de Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, et de Martine Aubry, maire de Lille. On pourrait avancer que ceci est conforme à la réalité ; mais les journalistes ont été par ailleurs libres d’interviewer des députés, des juristes ou des experts des deux sexes .
Au fil du Figaro
Dans Le Figaro, 15 hommes sont mentionnés avant que l’on ne rencontre une femme, la juge Brinkema (affaire Moussaoui) en bas de la page 2. La première femme citée est ainsi décrite, page 3 : « le nouveau chef du Foreign Office, Margaret Beckett ». Le Figaro n’emploie pas le féminin (mais conserve la terminologie anglaise pour le nom du Ministère des affaires étrangères). Viennent ensuite Angela Merkl en pages 4 et 5, les députées Nadine Morano et Michèle Tabarot, et Michèle Alliot-Marie, en page 6, Ségolène Royal page 8, la députée Gabrielle Louis-Carabin, Corinne Lepage et Martine Aubry page 10, Christiane Taubira page 12. Ensuite, les anonymes : « les mères de famille », « sa mère ». Il faut attendre la page 13 pour l’unique mention de femme qui ne soit ni femme politique, ni anonyme : l’avocate Sophie Bottai.
Il n’y a pas photo
Le même décryptage a été réalisé pour l’état de victime et d’anonyme. Et pour les photos, élément ô combien important, le visuel devenant prédominant dans certains médias. Résultat : sur 45 photos, 13 sont consacrées aux femmes pour 32 aux hommes.
Parions maitenant que vous ne lirez plus votre journal de la même façon.
Retour en arrière : rien ne change
Enquête 2000
La presse mentionne 18% de femmes.
1 femme sur 10 est présentée comme une victime pour 1 homme sur 20.
1 femme sur 6 est présentée avec un lien de parenté pour 1 homme sur 26.
1 femme sur 3 est citée sans sa profession pour 1 homme sur 20.
Enquête 1995
La presse mentionne 17,25% de femmes.
1 femme sur 6 est présentée comme une victime pour 1 homme sur 14.
1 femme sur 3 est citée sans sa profession pour 1 homme sur 10.
1 femme sur 3 est anonyme pour 1 homme sur 7.
Méthodologie
La méthodologie adoptée est celle qui a été mise au point pour la nouvelle enquête internationale à laquelle ont participé 76 pays. Elle émane comme auparavant du Projet de Monitoring des Médias de la World Association for Christian Communication, la WACC. Cette méthodologie nous propose d’examiner 7 quotidiens . Nous avons donc choisi :
5 quotidiens nationaux : Le Figaro, L’Humanité, Le Monde, Libération, Le Parisien
2 quotidiens régionaux : Dernières nouvelles d’Alsace, Ouest France. Le jour choisi est le 10 mai 2006. Parmi ces journaux, nous avons codé les pages d’actualités politique nationale et internationale, ainsi que les pages société. Les rubriques économie, sports, arts et culture, et les éditoriaux, n’entrent pas dans le codage. Nous avons codé les hommes et les femmes mentionnés au moins une fois par reportage, article ou brève. Nous avons par ailleurs compté le nombre d’hommes et de femmes journalistes auteures des articles étudiés. Il s’agit de la catégorie « articles signés ».
Résultats
192 articles de journaux ont été codés. 826 personnes y sont mentionnées au moins une fois. Sur 826 personnes, on trouve 142 femmes et 683 hommes (et un/e indéterminé/e, « Dominique »). La presse mentionne donc 17,17% de femmes .